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Gaudence de Lucques. La noyade (Dess. pour les Voyages imaginaires) - Marillier
Gaudence de Lucques. La noyade (Dess. pour les Voyages imaginaires) - Marillier Auteur : Marillier, Clément-Pierre (1740-1808)

Cette notice fait partie d’une série : Marillier, Dessins pour les Voyages imaginaires, 1 vol., 1786 (pièce ou n° 10 / 77)

Datation : 1786

Source textuelle : Berington, The Adventures of Sigr. Gaudentio di Lucca (1737)

Sujet de l’image : Fiction, 18e siècle

Nature de l’image : Dessin (lavis)

Lieu de conservation : Paris, Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Estampes , Reserve 4-EF-79
Notice n° B1670   (n°1 sur 1) 
1. Inscriptions, signatures. 2. Historique, auteur, fabrication, commanditaires. 3. Variantes, œuvres en rapport :
Mentions sur la page en dehors de l’image.
1. Au-dessus du dessin à gauche « mémoires de gaudence », à droite « n° 5 ».
Légende dans le cartouche sous le dessin : « O Mahomet, faut-il que je doive la vie a cet homme ? »
2. La gravure se trouve au tome 6 des Voyages imaginaires, face à la page 61.

Analyse de l’image :
     Le narrateur, à Alexandrie, a suscité la passion de la fille du Bassa. Son mentor, le Pophar (voir ci-après) lui conseille de quitter la ville au plus vite, pour sa sécurité. Ils font croire à un départ pour Chypre, mais se rendent en fait au Caire, d’où ils se préparent pour le grand voyage qu’ils projettent chez les Mezzoraniens (voir ci-après). Ils partent en remontant les rives du Nil.
    Deux dames de qualité montées sur des juments d’Arabie entreprennent de traverser la rivière. La jument de la plus jeune se cabre et jette sa cavalière à l’eau, où, portée par ses habits, elle échoue sur une île. Le narrateur saute alors à bas de son dromadaire et sauve la fille du bassa de la noyade. Il ne la reconnaît cependant qu’après qu’il lui a fait rendre l’eau qu’elle avait avalée :
    « Mais quelle ne fut pas ma surprise, en la regardat, de la reconnpître pour la fille du bassa, & de la voir entre mes bras, sans sentiment, dans le tems que je la croyois à Alexandrie ! Elle ouvrit enfin les yeux ; & m’ayant regardé fixement pendant quelque tems : ô Mahomet, s’écria-t-elle, faut-il que je doive la vie à cet homme ! Elle s’évanouit en prononçant ces mots. L’autre dame, qui étoit sa confidente, eut beaucoup de peine à la faire revenir. » D’abord furieuse de devoir la vie à un homme qui avait, à Alexandrie, dédaigné ses bontés, la jeune femme reconnaît finalement la générosité de son sauveur : “soyez esclave, ou infidèle, ou tut ce que vous voudrez, vous n’en êtes pas moins l’homme du monde le plus généreux.” »
   
   Présentation générale du roman (d’après E. Armand) :
    Un mystérieux médecin de Bologne, Gaudentio di Lucca, prisonnier de l’Inquisition, raconte au cours de son interrogatoire le voyage qu’il a fait dans une contrée inconnue située au cœur de l’Afrique, et à peu près inaccessible au reste des hommes. Là, depuis trois millénaires, vit un peuple pratiquant la religion naturelle, régi par des lois sages et vraiment remarquables.
    Ses aventures comportent sa capture par des pirates barbaresques, des combats, des intrigues amoureuses, jusqu’à sa mise en vente sur le marché d’esclaves du Caire. Là le hasard le fait acheter par un homme qui semble être un riche marchand, et lui rend sa liberté. Cet homme est le plus grand dignitaire, ou Pophar, d’un peuple appelé « Mezzoraniens », adorateurs du soleil. Il est accompagné de ses deux fils qui traitent Gaudence comme un frère. (On apprendra plus tard qu’il leur est apparenté.)
    Après avoir hésité — et après de nouvelles aventures dont il parvient à se
dégager — Gaudence se décide à accompagner son généreux libérateur dans le pays enchanteur qu’on va nous décrire par la suite. Ce n’est d’ailleurs pas sans peine qu’ils l’atteignent : il faut traverser d’immenses déserts, affronter une chaleur horrible, faire face à
de terribles tempêtes. Durant le trajet (à dos de dromadaire), Gaudence apprend que le peuple dont il va faire la connaissance comprend les descendants d’une poignée d’Égyptiens qui, trois mille ans auparavant, ont, devant l’invasion des Hyscos, fui la mère patrie. Ce peuple adore le soleil, tout en croyant à un Être Suprême, et pratique le culte des Ancêtres. Ils donnent à leurs principales villes une forme circulaire. Au centre, le temple du soleil, puis des rues circulaires coupées par des artères rectilignes conduisant à l’extérieur, les façades des maisons affectant la forme d’une courbe. À chaque coin des rues, des arbres, des fontaines, des places. Tout le pays est d’une fertilité prodigieuse : jardins, terre arable, forêts, lacs, cours d’eau. Il y a deux printemps et deux étés. Quant à la population, c’est la plus belle race d’hommes et de femmes qu’il soit possible d’imaginer.
    Le gouvernement est patriarcal. Tout père de famille gouverne tous ses descendants, mariés ou non, jusqu’à sa mort, même ceux d’entre eux qui sont eux-mêmes pères de famille, lesquels, d’ailleurs, exercent le même pouvoir sur leurs enfants. Si le père de famille meurt de bonne heure, c’est le fils aîné ou l’oncle qui le remplace. Le pays est divisé en cinq « nomes » ayant chacun à leur tête un Pophar, descendant de l’un des cinq fils aînés du fondateur de la contrée, auquel on doit cette division en cinq parties. Au-dessus de ces cinq chefs de nome se trouve le Grand Pophar, qui est toujours le fils aîné de son prédécesseur, etc. Le Grand Pophar et les Pophars inférieurs sont aidés dans leurs tâches par les plus sages et les plus prudents de la nation. Ce sont eux qui nomment les fonctionnaires. On ne devient pas l’un des grands dignitaires avant l’âge de cinquante ans.
    Ils ne connaissent qu’une seule loi : « Tu ne feras de tort à qui que ce soit » sans addition ni commentaire. Les rares conflits qui s’élèvent. entre les habitants se règlent d’après cette loi unique. C’est elle qui leur interdit, par exemple, de verser volontairement le sang de leurs semblables, aussi y compte-t-on très peu de meurtres, un au cours de plusieurs siècles. Dans ce cas, on enferme le meurtrier, on le retranche de la société jusqu’à sa mort, et ce n’est qu’après son trépas que son crime est publié et qu’on expose son cadavre auquel on inflige des blessures semblables à celles qu’il infligea à sa victime.
    C’est cette même loi qui leur fait punir l’adultère et la prostitution. En ce qui concerne l’adultère, les coupables sont enfermés jusqu’à leur décès ; celui-ci advenu, on les expose nus dans la situation où on les a surpris en flagrant, délit, ensuite on les brûle et on disperse leurs cendres. L’enfant adultérin, si le cas se présente, est emmené en Égypte où on le
confie à un étranger avec une forte somme d’argent destinée à son entretien et on n’entend plus parler de lui. Quant aux prostitués, on se contente pour l’homme, de l’enchaîner à un bouc, pour la femme à une chienne, et de les promener à travers le nome auxquels ils
appartiennent. C’est cette loi qui oblige tout auteur d’une injustice à la réparer en versant à sa victime neuf fois la valeur du tort qui lui a été causé, et qui fait bannir le faux témoin hors du pays et ce pour un temps proportionné à sa faute. Et ainsi de suite.
    Les Mezzoraniens se croient, d’ailleurs, le peuple le plus policé de la terre et considèrent comme inférieurs les autres habitants de la planète. Tout en adorant le soleil, ils croient à la métempsychose ou transmigration des âmes. L’étude de la physiognomonie leur permet de discerner par quelles âmes de brutes sont possédés certains humains. Ainsi un luxurieux affichera un visage de porc ; un libidineux celui d’un bouc ; un traître celui d’un renard ; un tyran, celui d’un loup, etc. Aussi s’efforcent-ils d’observer minutieusement les traits de ceux qui les entourent, et se tiennent-ils sur leurs gardes afin d’écarter les âmes des brutes qui, par ruse ou à cause de leur inattention, essaieraient de s’introduire dans leurs
corps. Ils prennent grand soin de l’éducation de leurs jeunes hommes. Ils marient heureusement l’étude aux récréations physiques mais on ne rencontre jamais de troupes ou réunions de jeunes gens sans la présence de personnes d’âge. Il en est de même pour les jeunes filles. On ne découvre pas plus d’hommes oisifs que de femmes inoccupées. C’est la femme qui choisit elle-même celui qui deviendra son époux, car ils attachent une importance extrême au mariage et à la fidélité conjugale. Plus les époux vivent ensemble et plus croît leur attachement mutuel. Bien que le Grand Pophar soit le propriétaire du pays entier comme chef du gouvernement et patriarche, le paradoxe des institutions mezzoraniennes consiste
en ce qu’à part les attentions accordées à l’âge et le respect témoigné aux dignitaires, ils n’acceptent aucune inégalité de fait. Toute la nation n’est qu’une grande famille, gouvernée de facto par la loi naturelle et chacun des « nationaux » se considère comme un membre de cette famille. Le grand Pophar est le père de tous, il les regarde comme ses enfants et entre eux ils s’appellent frères. C’est fraternellement qu’ils échangent leurs produits, qu’ils contribuent à la construction des villes, des écoles. des temples, qu’ils déposent l’excédent de leur production en des lieux appropriés, et ce pour l’usage de la communauté tout entière.
    Des surveillants, des inspecteurs, élus par tous, veillent à ce qu’aucun abus, aucun désordre n’ait lieu. Chaque Mezzoranien, quand il se déplace, entre dans toute maison à sa convenance et s’y considère comme chez lui. Ils voyagent beaucoup, échangeant les produits précieux de leur région contre ceux de la région qu’ils visitent, de sorte que leurs routes, tant la circulation y est intense, ressemblent à des rues de grandes villes. Ils sont tout à
la fois maîtres et serviteurs. Leurs enfants sont éduqués aux frais du Trésor public, sans distinction autre que celle du mérite personnel. Ceux qui sont préposés à l’éducation orientent, ceux qui leur sont confiés vers les professions ou métiers pour lesquels ils semblent le mieux préparés. Après les professions libérales, c’est l’agriculture qui est le plus en honneur, ensuite viennent les métiers selon leur degré d’utilité.
    Telle est l’histoire que Gaudence dévida devant les Inquisiteurs qui l’interrogeaient. Il s’était marié avec la fille du Grand Pophar ; elle lui avait donné trois enfants. Femme et progéniture étaient morts au cours de son séjour chez les Mezzoraniens, non sans qu’il les eût baptisés in extremis. Gaudence avait même fait embrasser la foi catholique au Grand Pophar qui l’avait accompagné en Europe, et cela à la veille de sa mort. Le roman s’achève par la mise en liberté de notre héros, mise en liberté conditionnée par sa promesse de guider des missionnaires chez les Mezzoraniens.

Informations sur l’image :
Auteur du cliché : Paris, Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Estampes
Traitement de l’image : Photographie numérique
Localisation de la reproduction : Collection particulière (Cachan)
Reproduction interdite
Informations sur la notice :
Auteur de la notice : Stéphane Lojkine     Date de création : 20/06/2014
Auteur des modifications : Stéphane Lojkine     Date de Modification : 09/01/2016
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