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La résurrection de Lazare - atelier de Deshays
La résurrection de Lazare - atelier de Deshays Auteur : Deshays, Jean-Baptiste (1729-1765)

Datation : 1763

Source textuelle : Évangile de Jean XI, 1-46 (Bible de Jérusalem, p. 1842)

Sujet de l’image : Sujet d’histoire sacrée. La Résurrection de Lazare

Nature de l’image : Peinture sur toile
Dimensions :  Hauteur 64 * Largeur 52,7 cm

Lieu de conservation : Collection particulière
Notice n° A8552   (n°1 sur 1) 
Comparaison avec d’autres notices : La résurrection de Lazare (dessin préparatoire) - Deshays // La Résurrection de Lazare - Rembrandt // La Résurrection de Lazare (version de Boston) - Deshays

1. Inscriptions, signatures. 2. Historique, auteur, fabrication, commanditaires. 3. Variantes, œuvres en rapport :
Problème d’attribution des auteurs.
2. Vente Beaussant-Lefèvre, vendredi 28 juin 2002, lot 56.
La toile présentée hors livret au Salon de 1763 est actuellement en dépôt au musée de Boston, collection Horwitz.

Analyse de l’image :
    Commentaire de Diderot :
    « Mais il est temps de revenir à Deshays. Il y a une Résurrection du Lazare, sans numéro et sans nom d’artiste, qu’on lui attribue et qui est certainement de lui.
    On voit à droite le tombeau. Le ressuscité en sort debout, la tête découverte. Il tend vers le Dieu qui lui a rendu la vie ses bras encore embarrassés de son linceul. Son visage est l’image de la mort que les traits de la joie et de la reconnaissance viennent d’animer. Ses parents, penchés vers lui, lui tendent les bras d’un endroit élevé où ils sont placés ; ils sont transportés d’étonnement et de joie. L’artiste a prosterné les deux sœurs aux pieds du Christ  : l’une adore, le visage contre terre ; l’autre a vu le prodige. L’expression, la draperie, le caractère de tête et toute la manière de celle-là est du Poussin  ; celle-ci est aussi fort belle. Les apôtres s’entretiennent à quelque distance derrière le Christ. Ils ne sont pas aussi fortement affectés que le reste des assistants : ils sont faits à ces tours-là.
    Le Christ est debout, au-dessus des femmes, à peu près également éloigné des apôtres et du tombeau. Il a l’air d’un sorcier en mauvaise humeur, je ne sais pourquoi, car son affaire lui a réussi. Voilà le principal défaut de ce tableau, auquel on peut encore reprocher une couleur un peu crue, comme dans le Mariage de la Vierge, plus forte que vraie.
    Mais dites-moi donc, mon ami, pourquoi ce Christ est plat dans presque toutes les compositions de peinture  ? Est-ce une physionomie traditionnelle dont il ne soit pas possible de s’écarter, et Rubens a-t-il eu tort dans son Élévation de la croix de lui donner un caractère grand et noble  ?
    Dites-moi aussi pourquoi tous les ressuscités sont hideux  ? Il me semble qu’il vaudrait autant ne pas faire les choses à demi, et qu’il n’en coûterait pas plus de rendre la santé avec la vie. Voyez-moi un peu ce Lazare de Deshays  ; je vous assure qu’il lui faudra plus de six mois pour se refaire de sa résurrection.
    Sans plaisanter, ce morceau n’est pas sans effet ; les groupes en sont bien distribués ; le Lazare avec son linceul est peint largement. Cependant je ne vous conseillerais pas de l’opposer à celui de Rembrandt ou de Jouvenet. Si vous voulez être étonné, allez à Saint-Martin-des-Champs voir le même sujet traité par Jouvenet. Quelle vie  ! quels regards  ! quelle force d’expression  ! quelle joie  ! quelle reconnaissance  ! Un assistant lève le voile qui couvrait cette tête étonnante et vous la montre subitement. Quelle différence encore entre ces amis qui tendent les mains au ressuscité de Deshays et cet homme prosterné qui éclaire avec un flambeau la scène de Jouvenet  ! Quand on l’a vu une fois, on ne l’oublie jamais. L’idée de Deshays n’est pourtant pas sans mérite, non  ; son tableau est petit, mais la manière en est grande.
    Mais que penseriez-vous de moi, si j’osais vous dire que toutes ces têtes de ressuscités, belles sans doute et du plus grand effet, sont fausses ? Patience, écoutez-moi. Est-ce qu’un homme sait qu’il est mort ? Est-ce qu’il sait qu’il est ressuscité  ? Je m’en rapporte à vous, marquis de la vallée de Josaphat, chevalier sans peur de la résurrection, illustre Montamy, vous qui avez calculé géométriquement la place qu’il faudra à tout le monde au grand jour du jugement, et qui, à l’exemple de Notre-Seigneur entre les deux larrons, aurez la bonté de placer dans ce moment critique à votre droite Grimm l’hérétique et à votre gauche Diderot le mécréant, afin de nous faire passer en paradis comme les grands seigneurs font passer la contrebande dans leurs carrosses aux barrières de Paris  ; illustre Montamy, je m’en rapporte à vous  : n’est-il pas vrai que de tous ceux qui assistent à une résurrection, le ressuscité est un des mieux autorisés à n’y pas croire  ? Pourquoi donc cet étonnement, ces marques de sensibilité et tous ces signes caractéristiques de la connaissance de l’état qui a précédé et du bienfait rendu que les peintres ne manquent jamais de donner à leurs ressuscités  ? La seule expression vraie qu’ils puissent avoir est celle d’un homme qui sort d’un profond sommeil ou d’une longue défaillance. Si l’on répand sur son visage quelque vestige léger de plaisir, c’est de respirer la douceur de l’air, c’est de retrouver la lumière du jour. Mais suivez cette idée, et les détails vous en feront bientôt sentir toute la vérité. Ne voyez-vous pas combien cette action faible et vague du ressuscité, portée vers le ciel et distraite des assistants, rendra la joie et l’étonnement de ceux-ci énergiques  ? Il ne les voit pas, il ne les entend pas  ; il a la bouche entrouverte, il respire, il rouvre ses yeux à la lumière, il la cherche  : cependant les autres sont comme pétrifiés.
    J’ai une Résurrection du Lazare toute nouvelle dans ma tête ; qu’on m’amène un grand maître, et nous verrons. N’est-il pas étonnant qu’entre tant de témoins du prodige, il ne s’en trouve pas un qui tourne ses regards attentifs et réfléchis sur celui qui l’a opéré, et qui ait l’air de dire en lui-même : « Quel diable d’homme est-ce là  ! Celui qui peut rendre la vie peut aussi facilement donner la mort... »
    Pas un qui se soit avisé de faire pleurer de joie une des sœurs du ressuscité ; pas un des parents qui tombe en faiblesse. Qu’on m’amène incessamment un grand maître, et s’il répond à ce que je sens, je vous offre une Résurrection plus vraie, plus miraculeuse, plus pathétique et plus forte qu’aucune de celles que vous ayez encore vues.
    En revenant de Saint-Martin-des-Champs n’oubliez pas de faire un tour à Saint-Gervais et d’y voir les deux tableaux du Martyre de saint Gervais et de saint Protais, et quand vous les aurez vus, élevez vos bras vers le ciel et écriez-vous  : Sublime Le Sueur  ! divin Le Sueur  !... Lisez Homère et Virgile, et ne regardez plus de tableaux.  » (Salon de 1763, CFL  V 426-9)

Informations sur l’image :
Auteur du cliché : Collection particulière
Traitement de l’image : Image Web
Localisation de la reproduction :
Reproduction interdite
Informations sur la notice :
Auteur de la notice : Stéphane Lojkine     Date de création : 20/06/2011
Auteur des modifications : Stéphane Lojkine     Date de Modification : 29/11/2016
Les notices sont la propriété de leurs auteurs et ne peuvent être reproduites ni faire l’objet de quelque transaction que ce soit sans leur autorisation expresse et écrite.