Utpictura18

Couverture Diderot et le temps

Couverture Le Gout de Diderot

Couverture Fictions de la rencontre : le Roman comique de Scarron

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE L'OEil révolté

Couverture du livre de Richardson Clarisse Harlove, dans l'édition commentée par Stéphane LOJKINE

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Image et subversion

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Brutalité et représentation

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE La Scène de roman

Couverture du livre L’Écran de la représentation

Couverture du livre Détournements de modèles
Découvrir le Master LIPS « Littérature et Psychanalyse »
Adresse complète
à Toulouse
à Aix

This picture is not the one you were looking for ? Please click on the links on the right (darker text) and enlarge your search by author, date, textual source, subject...etc
Émilie dans son jardin (Théséide) - Barthélémy d’Eyck
Émilie dans son jardin (Théséide) - Barthélémy d’Eyck Auteur : Eyck, Barthélémy de (1415-1472), dit le Maître du roi René

Datation : entre 1460 et 1465

Source textuelle : Boccace, La Théséide, vers 1340 Livre III, st. 8-19. L’enluminure se trouve avant la st. 5.

Sujet de l’image : Fiction, 14e siècle
Dispositif : Scène (espace vague/espace restreint)

Objets indexés dans l’image :
Fenêtre / Fleurs / La scène est observée par effraction

Nature de l’image : Enluminure
Technique utilisée : peinture sur parchemin

Lieu de conservation : Vienne, Bibliothèque nationale d’Autriche, Codex M. S. 2617, fol. 53

Bibliographie : D. Thiébaut, Ph. Lorentz, F.-R. Martin, Primitifs français, RMN, 2004, Fig. 78, p. 138
E. Antoine et al., Sur la terre comme au ciel, Jardins d’Occident, RMN, 2002, p. 141
Notice n° A6176   (n°1 sur 1) 
Comparaison avec d’autres notices : La Canne des Indes - La Princesse de Clèves, Conquet 1889

1. Inscriptions, signatures. 2. Historique, auteur, fabrication, commanditaires. 3. Variantes, œuvres en rapport :
3. La bibliothèque du château de Chantilly possède une traduction en prose française du XVe siècle ayant appartenu à Jacques d’Armagnac, duc de Nemours (Ms 601).
La Théséide a été traduite en grec au XVe siècle et a servi de source au Knight’s Tale de Chaucer.

Analyse de l’image :
     Émilie tresse une couronne de fleurs, épiée par deux prisonniers, Arcitas et Palémon. Elle est assise sur un banc de gazon, un élément caractéristique des jardins du 14e et du 15e siècles.
    Après avoir vaincu les Amazones, Thésée s’est emparé de Thèbes et a fait prisonniers de nombreux chevaliers. Parmi eux, Arcitas et Palémon sont enfermés dans une prison à Athènes auprès des jardins de Thésée. Une jeune Amazone de la suite de la reine y vient le matin chanter et cueillir des fleurs. Arcitas et Palémon l’aperçoivent et en tombent amoureux. La rivalité amoureuse et l’amitié d’Arcitas et de Palémon font le sujet du poème. Thésée, qui est instruit de leur amour leur ordonne de combattre l’un contre l’autre et pormet au vainqueur la main d’Émilie. Arcitas vainqueur est désarçonné par une Furie de l’Enfer et mortellement blessé. Il demande et obtient qu’on célèbre le mariage promis avant sa mort. Malgré le chagrin d’Émilie et de Palémon, Thésée les unit alors.
    L’épisode qui est ici illustré se trouve au début du livre III (la Théséide en compte 12) :
   st. 11
   Al suon di quella voce grazioso
   Arcita si levò, ch’era in prigione
   allato allato al giardino amoroso,
   sanza niente dire a Palemone,
   e una finestretta disioso
   aprì per meglio udir quella canzone,
   e per vedere ancor chi la cantasse,
   tra’ ferri il capo fuori alquanto trasse.
   (Au son de cette voix, le gracieux Arcitas se lève. Lui qui en prison était allé, il alla au jardin d’Amour, sans rien dire à Palémon, et il ouvrit une petite fenêtre pour mieux entendre cette chanson, et aussi pour voir qui la chantait, à travers les barreaux il passa sa tête au dehors.)
   Arcitas conduit alors Palémon également à la fenêtre et ils s’extasient de ce qu’ils voient et entendent.
   St. 18
   A quello omè la giovinetta bella
   si volse destra in su la poppa manca ;
   né prima altrove ch’alla finestrella
   le corser gli occhi, onde la faccia bianca
   per vergogna arrossò, non sappiendo ella
   chi si fosser color ; poi, fatta franca;
   co’ colti fiori in piè si fu levata,
   e per andarsen si fu inviata.
   (A ces mots la belle jeune fille se retourna, s’appuyant sur sa manche droite ; aussitôt, à la petite fenêtre, les yeux postés croisèrent les siens. Alors son blanc visage rougit de pudeur blessée, et elle ne savait pas qu’elle prenait cette couleur ; puis, se ressaisissant, elle laissa tomber les fleurs cueillies à ses pieds, se leva et se prépara à partir.)
   
   Ce qui est fascinant dans cette enluminure, c’est de constater comment l’artiste y a disposé tous les éléments du dispositif scénique, un bon siècle avant sa généralisation dans la peinture d’histoire et dans l’iconographie narrative : le jardin entouré d’un chemin délimite un espace restreint, auquel s’oppose l’espace vague de la prison, depuis lequel Arcitas et Palémon observent Émilie. Le treillis de roses blanches et rouges, figurant la chasteté vertueuse et le désir passionné mêlés, est disposé entre les amants et la jeune femme aimée, à la manière d’un écran.
   Pourtant, cela ne constitue pas un dispositif scénique à proprement parler : Tels que les personnages sont disposés, Arcitas et Palémon ne peuvent pas matériellement voir Émilie, qui pour eux est de dos, et cachée par les rosiers. L’image obéit à une organisation syntaxique, qui prime sur la logique visuelle : Les prisonniers (=Sujet, représenté à gauche) voient (=Verbe, figuré par l’écran) Émilie (=Prédicat, représenté à droite).
   L’ancienne organisation du tabernacle est encore prégnante : la porte de l’hortus conclusus, visible au fond à droite, dessine le cadre du tabernacle dans lequel la Dame, transposition profane de la Vierge, devrait venir s’inscrire. Mais Émilie est assise sur le côté, décentrée par rapport à l’ancien dispositif.


Sujet de recherche : Stéphane Lojkine, cours sur La Princesse de Clèves
Informations sur l’image :
Auteur du cliché : Vienne, Bibliothèque nationale d’Autriche
Traitement de l’image : Scanner
Localisation de la reproduction : Collection particulière (Cachan)
Reproduction interdite
Informations sur la notice :
Auteur de la notice : Stéphane Lojkine     Date de création : 12/09/2008
Auteur des modifications : Stéphane Lojkine     Date de Modification : 14/12/2017
Les notices sont la propriété de leurs auteurs et ne peuvent être reproduites ni faire l’objet de quelque transaction que ce soit sans leur autorisation expresse et écrite.