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Vient de paraître, Diderot et le temps, Presses universitaires de Provence, 324 p.
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Le sacrifice d’Iphigénie - Carle Vanloo
Le sacrifice d’Iphigénie - Carle Vanloo Auteur : Van Loo, Carle (1705-1765)

Cette notice fait partie d’une série : Paris, Salon de 1757 (pièce ou n° 6 / 165)

Datation : 1757

Sources textuelles : Lucrèce, Titus Lucretius Carus (98av-55av) De rerum natura, I, 80-101
Ovide, Métamorphoses, 12 (Iphigénie/Achille & Cygnus/Centaures & Lapithes) vv. 24-38

Sujet de l’image : Sujet mythologique. Le Sacrifice d’Iphigénie

Nature de l’image : Peinture sur toile
Dimensions :  Hauteur 426 * Largeur 613 cm

Lieu de conservation : Berlin, Staatliche Schlösser und Gärten, Château de Potsdam-Sans Souci, Nouveau Palais, GKI5230

Bibliographie : P Rosenberg D Mandrella &alii, Peintures fçses ds les collect alldes, Bonn, 2005, Fig. 9, p. 94
Notice n° A5290   (n°1 sur 1) 
Comparaison avec d’autres notices : Corésus et Callirhoé - Fragonard // Le Sacrifice d’Iphigénie (esquisse de New-York) - Carle Vanloo // Le Sacrifice d’Iphigénie - d’après Antoine Coypel // Corésus et Callirhoé - Luca Giordano

Analyse de l’image :
    Livret du Salon de 1757 :
   « Par M. Carle Vanloo, Écuyer, Chevalier de l’Ordre de S. Michel, Recteur. Directeur de l’École Royale des Élèves protégés. […]
   6. Le Sacrifice d’Iphigénie. Tableau de 14 pieds de haut sur 20 pieds de large, destiné pour le Roy de Prusse. »
    Au fond à droite on distingue les vaisseaux des Grecs, dont le vent commence à gonfler les voiles. A gauche, Clytemnestre s’évanouit. Au-dessus d’Iphigénie assise, Diane tenant son arc et surmontée d’un croissant de lune intervient.
   
   Mercure de France, octobre 1757 Article IV. Beaux-Arts. Arts agréables. Peinture. Observations sur les Tableaux exposés au Louvre, par MM. De l’Académie royale de Peinture & de Sculpture. Le Sacrifice d’Iphigénie présente une grande machine, où toute l’habileté de M. Carle Vanloo s’est développée. Iphigénie est plongée dans cet accablement qui doit précéder le sacrifice cruel auquel elle est destinée  ; Calchas s’avance pour lui donner le coup mortel, tout annonce en lui le désordre d’un enthousiaste, qui s’imagine en répandant le sang obéir à la voix du ciel & désarmer son courroux. Agamemnon & Clytemnestre sont accablés de douleur  ; mais la tristesse d’Agamemnon n’est point celle de Clytemnestre. La même passion est rendue & exprimée différemment, M. Vanloo a bien fait de ne pas suivre l’exemple de Timante. Il n’a pas dû, comme ce Peintre Grec, voiler la tête d’Agamemnon, puisqu’il a sçu si bien allier dans ce caractere la tristesse & la majesté. Ce n’est pas un homme ordinaire qui pleure sa fille  ; c’est un pere, c’est un Héros, c’est un Roi qui gémit sur son sort. Quelques Grecs sont sur le devant du tableau. Ils sont ravis d’étonnement & d’admiration de voir Diane descendre des cieux pour prendre en main la défense de l’innocence, & dérober Iphigénie à la mort. On peut dire après avoir vu celle de M. Vanloo, que Racine étoit Peintre, & que M. Vanloo est Poëte. (p.  157-158)
   Grimm, dans la Correspondance littéraire, consacre un article spécial à ce tableau, qui suscita toute une controverse.
    « A Paris, ce 1er octobre 1757 Avant de parler de l’exposition des tableaux que l’Académie royale de peinture et de sculpture a faite, selon l’usage, dans le salon du Louvre, il est à propos de dire un mot du tableau d’Iphigénie en Aulide peint par M. Carle-Vanloo, et de la dispute qui s’est élevée à ce sujet. Le roi de Prusse que ses vertus militaires n’empêchent point d’aimer les arts et de s’en occuper, avait commandé avant le commencement de la guerre présente trois grands tableaux aux trois premiers peintres de l’école française. M. Pierre devait traiter le jugement de Pâris, il n’a rien exposé. M. Restout chargé du Triomphe de Bacchus a exposé son tableau qui a, je crois, vingt pieds de large sur quatorze de hauteur. […] Le sujet le plus difficile a été réservé au peintre dont le talent a actuellement le plus de réputation en France, à M. Carle-Vanloo. Le sacrifice d’Iphigénie est un des plus grands sujets qu’on puise proposer en peinture. Tout le monde connaît la manière dont il a été traité par le fameux peintre de l’antiquité Timanthe. M. Vanloo n’a pas voulu le copier, il a pensé son tableau différemment. Dès l’ouverture du salon, les faiseurs de brochures étaient en campagne. Je crois que M. Vanloo a à se plaindre également et de ses panégyristes et de ses censeurs. Les uns par des éloges outrés ont dégoûté le public de l’indulgence dont le peintre pouvait avoir besoin  ; les autres moins empressés de faire des critiques pour l’avantage des arts que pour nuire à ceux qui s’y distinguent, méritent l’indignation de tous les honnêtes gens. Le première brochure qui parut, était intitulée Description d’un tableau représentant le sacrifice d’Iphigénie peint par monsieur Carle Vanloo  ; on l’attribua à M. le comte de Caylus, et il faut la lire pour avoir une idée de la manière dont le peintre a composé et exécuté son tableau. Cette brochure a indisposé le public qui n’a pas besoin d’être endoctriné de la sorte pour trouver les beautés réelles. Toutes les parties du tableau y sont portées aux nues, et l’auteur a eu l’indiscrétion de blâmer la pensée sublime de Timanthe qui désespérant de trouver une expression assez forte pour rendre la douleur d’Agamemnon, prit le parti de lui voiler le visage. Bientôt on vit paraître dans un journal obscur intitulé Observations sur la physique et les arts, dont monsieur Toussaint est l’auteur, une lettre dans laquelle le tableau, et, en général, le talent de M. Vanloo étaient cruellement maltraités. Cette lettre, qu’on a imprimée séparément, vient d’un élève de M. Vien, un de nos peintres célèbres. J’ignore le nom du jeune homme. Sa critique contient quelques observations assez fines, surtout sur la partie de l’art  ; mais l’acharnement injuste et violent qu’on lui remarque partout contre M. Vanloo a ôté tout crédit à son ouvrage. Un partisan de M. Vanloo ne tarda pas à répondre à cette lettre critique, et à observer en passant, modestement, que le dessin de Rubens ne peut entrer en comparaison avec celui de Carle-Vanloo, et que la plupart de ses grands ouvrages ont l’air de plusieurs petits tableaux qu’on aurait cousus ensemble pour en former un grand, au lieu que dans les ouvrages de l’artiste français, on ne peut supprimer une seule figure, sans détruire la belle conduite de l’ensemble. Voilà donc M. Vanloo au-dessus de Rubens dans le dessin et dans la composition. Il faut être bien bête pour avancer de pareilles impertinences, et mettre Carle-Vanloo sans aucune nécessité en parallèle avec le plus beau génie que la peinture ait produit, et dont surtout, les compositions sublimes ont fait l’admiration de toute l’Europe. M. Cochin secrétaire de l’Académie, regardé par nos artistes comme le premier dessinateur de l’école française, a répondu de son côté à la critique du tableau d’Iphigénie, par des Réflexions insérées dans le Mercure, et qu’on a depuis imprimées séparément. Cette réponse est sage et mesurée. Elle fait honneur à M. Cochin, comme tout ce qui est sorti jusqu’à présent de sa plume. J’y relèverai, cependant, un principe qui ne me paraît pas exact. Monsieur Cochin dit qu’on ne peut pas réunir toutes les parties de l’art, que l’une exclut souvent l’autre, et il croit que la supériorité dans le dessin et celle du coloris ne sauraient s’allier ensemble. Cette assertion me paraît être contraire à l’exemple de plusieurs grands hommes d’Italie. La supériorité dans le dessin, dit M.  Cochin, est l’effet d’un génie plein de feu, et celle du coloris, d’un génie attentif et exact. L’exemple de Rubens est contraire à cette remarque  ; son dessin n’est pas de la dernière correction, mais c’est tout ensemble et le plus grand coloris, et le génie le plus poétique, le plus fougueux, le plus rempli de feu qu’il y ait jamais eu en peinture. Quand vous aurez parcouru les différentes brochures dont je viens de parler, je vous demanderai la permission de dire mon sentiment sur le tableau d’Iphigénie. Ce tableau mérite, sans doute, des éloges à plusieurs égards  ; mais il y a aussi de grands défauts à relever. Je ne parle pas des petits détails comme de ce soldat placé derrière le petit sacrificateur dont M. de Caylus fait un éloge si pompeux et qui est la figure la plus maussade qu’on puisse trouver. J’irai à des reproches plus graves. Plusieurs connaisseurs ont [193] remarqué que les draperies de ce tableau avaient l’air collées sur la chair des personnages. Ce n’est pas ainsi qu’il faut flatter le nu. La figure d’Iphigénie est froide. Elle a l’air d’une personne qui dort. La douleur d’Agamemnon est commune. C’est un homme qui lève les yeux et les bras au ciel. Il n’y a point de génie à tout cela. Même la figure de Clitemnestre ne me touche pas. Celle de Calchas m’a paru fort noble et fort belle. Le censeur de M. Vanloo lui reproche durement cette Clitemnestre froidement évanouie pour perpétuer la triste monotonie de son tableau. Il aurait voulu voir cette mère infortunée en fureur, courir à l’autel pour arracher sa fille au glaive qui la menace, et les chefs des Grecs occupés à la retenir. On a relevé l’injustice de cette critique. Peut-on reprocher à un peintre d’avoir suivi sa pensée plutôt que celle d’un autre, surtout, quand on ne peut prouver que la sienne est fausse et mauvaise  ? Ce n’est pas tout. Dans le cas dont il s’agit, c’est la pensée du censeur qui me paraît fausse. Clitemnestre doit être livrée à tout l’excès du désespoir aussi longtemps qu’Iphigénie n’est point sur l’autel. Dès ce moment redoutable où elle ne peut plus être sauvée par aucune puissance humaine, sa mère doit succomber sous le poids de la douleur et tomber sans vie. Voilà la gradation de la nature. Le désespoir le plus profond suppose une étincelle d’espoir, quand cette étincelle a disparu, on n’est plus furieux  ; mais on succombe et on meurt. Un reproche juste qu’on peut faire à M. Vanloo, c’est de n’avoir pas mis les personnages les plus célèbres à la place de ces simples soldats. J’aurais volontiers supprimé Clitemnestre, mais est-il permis d’avoir oublié Ulysse qui a joué un si grand rôle dans cette affaire  ? Quel personnage à peindre  ! M. Diderot aurait voulu le voir embrasser Agamemnon dans ce moment terrible, pour lui dérober par ce mouvement de pitié l’horreur du spectacle. Cela aurait été admirablement dans le caractère d’Ulysse. Je ne sais si l’effet d’une pensée aussi déliée aurait été assez frappant en peinture. »


Sujet de recherche : S. Lojkine, L’Œil révolté, chap. 4, La relation esthétique
Informations sur l’image :
Auteur du cliché : Berlin, BPK Dist RMN, Roland Handrick
Traitement de l’image : Photographie numérique
    Cliché n° 07-521084
Localisation de la reproduction : Berlin, Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz
Reproduction interdite
Informations sur la notice :
Auteur de la notice : Stéphane Lojkine     Date de création : 04/06/2007
Auteur des modifications : Stéphane Lojkine     Date de Modification : 09/01/2016
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