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Vient de paraître, Diderot et le temps, Presses universitaires de Provence, 324 p.
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à Toulouse
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Paysage avec figures et animaux - Loutherbourg
Paysage avec figures et animaux - Loutherbourg Auteur : Loutherbourg, Jacques Philippe de (1740-1812)
Œuvre signée.

Cette notice fait partie d’une série : Paris, Salon de 1763 (pièce ou n° 154 / 208)

Datation : 1763   (Œuvre datée)

Sujet de l’image : Scène dans un paysage
Dispositif : Scène (espace vague/espace restreint)

Objet indexé dans l’image : Scène à trois

Nature de l’image : Peinture sur toile
Dimensions :  Hauteur 114 * Largeur 94 cm

Lieu de conservation : Liverpool, Walker Art Gallery

Bibliographie : Diderot et l’art de Boucher à David (cat), 1984, n° 91, p. 315
Notice n° A0314   (n°1 sur 1) 
1. Inscriptions, signatures. 2. Historique, auteur, fabrication, commanditaires. 3. Variantes, œuvres en rapport :
1. Signé et daté : P. J. Loutherbourg / 1763
3. Sur un sujet similaire, il y a une toile de Loutherbourg conservée à Munich, Neue Pinakothek, inv. n°1581, signé et daté « J. P. de Loutherbourg 1766 » et exposé au Salon de 1767.
Voir également, à Bordeaux, « La Mangeuse de cerise » et son pendant « La petite laitière », de 1771.

Analyse de l’image :
    Livret du Salon de 1763 :
    « Par M. Loutherbourg, Agréé.
   154. Un Paysage avec Figures & Animaux. L’heure du jour est le matin. Tableau de 6 pouces de largeur, sur 3 pieds 6 pouces de hauteur. »
   
   Mercure de France, novembre 1763 :
    « M. Loutherbourg.
    Voici une nouvelle acquisition pour l’Académie, qui promet d’en soutenir l’éclat dans des genres très-intéressans pour un grand nombre de Curieux. Ce jeune Athléte, à l’âge de 22 ans, court déja à pas de géant dans la carrière des meilleurs Paysagistes & Peintres de Batailles. Parmi un grand nombr d’ouvrages exposés par cet Artiste, & dans chacu desquels on trouve des motifs d’éloges, les Connoisseurs en distinguent plusieurs : entr’autres, un assez grand Paysagen du meilleur ton, du genrele plus estimabe, & qui peut sans doute supporter la comparaison des plus belles productions de cette espéce.
    Il paraît que M. Loutherbourg s’est attaché à l’imitation des différens effets de la lumière dans les différetes heures du jour. On a lieu d’applaudir aux progrès qu’il a déja faits dans cette utile étude.  » (p. 202-203)
   
   Commentaire de Diderot :
   «  Loutherbourg
    Phénomène étrange  ! Un jeune peintre, de vingt-deux ans, qui se montre et se place tout de suite sur la ligne de Berghem. Ses animaux sont peints de la même force et de la même vérité. C’est la même entente et la même harmonie générale. Il est large, il est moelleux  ; que n’est-il pas  ?
    Il a exposé un grand nombre de paysages. Je n’en décrirai qu’un seul.
    Voyez à gauche ce bout de forêt : il est un peu trop vert, à ce qu’on dit, mais il est touffu et d’une fraîcheur délicieuse. En sortant de ce bois et vous avançant vers la droite, voyez ces masses de rochers, comme elles sont grandes et nobles, comme elles sont douces et dorées dans les endroits où la verdure ne les couvre point, et comme elles sont tendres et agréables où la verdure les tapisse encore  ! Dites-moi si l’espace que vous découvrez au-delà de ces roches n’est pas la chose qui a fixé cent fois votre attention dans la nature. Comme tout s’éloigne, s’enfuit, se dégrade insensiblement, et lumières et couleurs et objets  ! Et ces bœufs qui se reposent au pied de ces montagnes, ne vivent-ils pas  ? ne ruminent-ils pas  ? N’est-ce pas là la vraie couleur, le vrai caractère, la vraie peau de ces animaux ? Quelle intelligence et quelle vigueur ! Cet enfant naquit donc le pouce passé dans la palette ? Où peut-il avoir appris ce qu’il sait ? Dans l’âge mûr, avec les plus heureuses dispositions, après une longue expérience, on s’élève rarement à ce point de perfection. L’œil est partout arrêté, récréé, satisfait. Voyez ces arbres ; regardez comme ce long sillon de lumière éclaire cette verdure, se joue entre les brins de l’herbe et semble leur donner de la transparence. Et l’accord et l’effet de ces petites masses de roches détachées et répandues sur le devant ne vous frappent-ils pas ? Ah ! mon ami, que la nature est belle dans ce petit canton ! arrêtons-nous-y ; la chaleur du jour commence à se faire sentir, couchons-nous le long de ces animaux. Tandis que nous admirerons l’ouvrage du Créateur, la conversation de ce pâtre et de cette paysanne nous amusera ; nos oreilles ne dédaigneront pas les sons rustiques de ce bouvier, qui charme le silence de cette solitude et trompe les ennuis de sa condition en jouant de la flûte. Reposons-nous ; vous serez à côté de moi, je serai à vos pieds tranquille et en sûreté, comme ce chien, compagnon assidu de la vie de son maître et garde fidèle de son troupeau ; et lorsque le poids du jour sera tombé nous continuerons notre route, et dans un temps plus éloigné, nous nous rappellerons encore cet endroit enchanté et l’heure délicieuse que nous y avons passée.
    S’il ne fallait pour être artiste que sentir vivement les beautés de la nature et de l’art, porter dans son sein un cœur tendre, avoir reçu une âme mobile au souffle le plus léger, être né celui que la vue ou la lecture d’une belle chose enivre, transporte, rend souverainement heureux, je m’écrierais en vous embrassant, en jetant mes bras autour du cou de Loutherbourg ou de Greuze : « Mes amis, son pittor anch’io. »
    La couleur et la touche de Loutherbourg sont fortes ;
    Mais, il faut l’avouer, elles n’ont ni la facilité ni toute la vérité de celles de Vernet. Cependant, a-t-on dit, s’il est un peu trop vert dans le paysage que vous venez de décrire, c’est peut-être qu’il a craint qu’en se dégradant sur un long espace il ne finît par être trop faible. Mais ceux qui parlent ainsi ne sont pas artistes.
    Ne pourrait-on pas dire pour excuser cet excès de vert que dans les paysages aquatiques comme l’est celui de Loutherbourg, la verdure est toujours plus forte? Pardon, mon Diderot, de vous interrompre pour une misère ; mais on est tenté de prendre le parti de ce Loutherbourg qui fait des chefs-d’oeuvre à vingt ans ; d’ailleurs il est Allemand. Mais poursuivez, je vous écoute.
    Ce faire de Loutherbourg, de Casanove, de Chardin et de quelques autres, tant anciens que modernes, est long et pénible. Il faut à chaque coup de pinceau, ou plutôt de brosse ou de pouce, que l’artiste s’éloigne de sa toile pour juger de l’effet. De près l’ouvrage ne paraît qu’un tas informe de couleurs grossièrement appliquées. Rien n’est plus difficile que d’allier ce soin, ces détails, avec ce qu’on appelle la manière large. Si les coups de force s’isolent et se font sentir séparément, l’effet du tout est perdu. Quel art il faut pour éviter cet écueil ! Quel travail que celui d’introduire entre une infinité de chocs fiers et vigoureux une harmonie générale qui les lie et qui sauve l’ouvrage de la petitesse de forme ! Quelle multitude de dissonances visuelles à préparer et à adoucir ! Et puis, comment soutenir son génie, conserver sa chaleur pendant le cours d’un travail aussi long ? Ce genre heurté ne me déplaît pas.
    Le jeune Loutherbourg est, à ce qu’on dit, d’une figure agréable ; il aime le plaisir, le faste et la parure, c’est presque un petit-maître. Il travaillait chez Casanove et n’était pas mal avec sa femme... Un beau jour il s’échappe de l’atelier de son maître et d’entre les bras de sa maîtresse ; il se présente à l’Académie avec vingt tableaux de la même force et se fait recevoir par acclamation.
    Combien il lui reste de belles choses à faire si l’attrait du plaisir ne le pervertit pas ! Il a fait, tout en débutant, une cruelle niche à ce Casanove chez qui il travaillait ; parmi ses tableaux, il en a exposé un petit avec son nom, Loutherbourg, écrit sur le cadre en gros caractères ; c’est un sujet de bataille. C’est précisément comme s’il eût dit à tout le monde : « Messieurs, rappelez-vous ces morceaux de Casanove qui vous ont tant surpris il y a deux ans ; regardez bien celui-ci et jugez à qui appartient le mérite des autres. »
    Ce petit tableau de bataille est entre deux paysages de la plus douce séduction. Ce n’est rien : des roches, des plantes, des eaux ; mais comme tout cela est fait ! Comme je les mettrais sous mon habit si l’on ne me regardait pas !  » (Salon de 1763, CFL  V  435-7)

Informations sur l’image :
Auteur du cliché : Liverpool, Walker Art Gallery
Traitement de l’image : Scanner
    Commande n°     Cliché n°
Localisation de la reproduction : Collection particulière
Reproduction interdite
Informations sur la notice :
Auteur de la notice : Stéphane Lojkine     Date de création : 31/05/2002
Auteur des modifications : Stéphane Lojkine     Date de Modification : 09/01/2016
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