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Vient de paraître, Diderot et le temps, Presses universitaires de Provence, 324 p.
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à Toulouse
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Pygmalion et Galatée (version de Baltimore) - Falconet
Pygmalion et Galatée (version de Baltimore) - Falconet Auteur : Falconet, Etienne-Maurice (1716-1791)

Cette notice fait partie d’une série : Paris, Salon de 1763 (pièce ou n° 165 / 208)

Datation : 1763   (date conjecturale)

Source textuelle : Ovide, Métamorphoses, 10 (Orphée/Ganymède/Pygmalion/Atalante&Hippomène) vv. 243-297

Sujet de l’image : Sujet mythologique. Pygmalion et Galatée

Objet indexé dans l’image : Statue

Nature de l’image : Sculpture en marbre
Dimensions :  Hauteur 58,4 * Largeur 0 cm

Lieu de conservation : Baltimore Maryland, Walters Art Museum

Bibliographie : Michael Levey, L’Art du XVIIIe siècle, Flammarion, 1993, n° 135, p. 134
Notice n° A0063   (n°1 sur 1) 
Comparaison avec d’autres notices : La Religion naturelle démasque la Superstition (Pensées philosophiques, 1746) // Le Peintre et la nature (La Nouvelle Héloïse, Duchesne 1764 front1) - Cochin // Prométhée ou Dieu crée l’homme (Mét. en rondeaux Mabre-Cramoisy 1676) - Chauveau // Le Fleuve Scamandre - Fragonard // Pygmalion voyant sa statue s’animer (version de l’Ermitage) - Falconet // Pygmalion au pied de sa statue, à l’instant où elle s’anime (Louvre) - Falconet

1. Inscriptions, signatures. 2. Historique, auteur, fabrication, commanditaires. 3. Variantes, œuvres en rapport :
2. La statue de 1763 fut achetée par Thiroux d’Epersenne.
3. Le musée du Louvre possède également un Pygmalion et Galatée de Falconet, qu’il revendique comme celui exposé au Salon de 1763.

Analyse de l’image :
    Livret du Salon de 1763 :
    « Par M. Falconet, Professeur.
    164. Une Figure d emarbre, représentant la douce Mélancolie.
    165. Un Grouppe de marbre, représentant Pigmalion aux pieds de sa Statue, à l’instant où elle s’anime. »
   
   Mathon de La cour, lettre IV, p. 78 :
    « M. FALCONET, qui avoit donné à l’Académie, pour sa réception, ce beau Milon que vous connoissez, ne réussit pas moins, Madame, à exprimer la tendresse & le bonheur. Il a fait exposer un grouppe de marbre qui représente Pygmalion aux pieds de sa statue, dans l’instant où elle s’anime. Figurez-vous, Madame, une statue parfaitement belle dans ses formes & ses proportions[.] L’Amour porte la bouche sur une de ses mains, & s’efforce de lui donner la vie par son souffle enflammé ; la statue paroît s’animer : elle souleve tant soit peu ses bras, & les tourne [79] tendrement vers son auteur. Pygmalion transporté, est dans l’attitude d’un homme à genoux qui se leve : l’étonnement & l’amour paroissent dans sa tête & dans tous ses mouvemens : je crois qu’il étoit impossible de rendre ce trait de la Fable d’une maniere plus tendre, plus ingénieuse & plus délicate. Ceux mêmes qui n’ont jamais aimé, comprennent, en voyant ce morceau, ce que ce peut être pour un amant, que l’instant ou une femme insensible s’attendrit ; cet instant qu’on n’oublie jamais, où son cœur s’ouvre au sentiment, & où ses yeux embarrassés commencent à l’exprimer. »
   
   Mercure de France, novembre 1763 :
    « M . Falconet.
    Le Groupe de marbre, qui a si singuliérement attiré l’admiration de tout le Public, représente Pigmalion aux pieds de sa Statue dans le moment qu’elle s’anime. Un petit Amour qui a la bouche sur un des bras de cette figure, semble être la source & l’auteur du feu qui lui dnne l’âme & dont par le plus agréable des prestiges, l’Art indique aux yeux du Spectateur le sprogrès du souffle embrâsé de cet Amour. C’est cette distinction des parties déja animées de la statue d’avec celles qui ne sont encore que matière, qui paroissoit rendre ce sujet supérieur aux possibilités de l’art, & qu’en effet nous ne sçavons pas avoir été traité en Sculpture précédemment par aucun Maître antique ou moderne.
    Plus on considère ce Groupe, plus on y remarque, aevc surprise, dans la statue de la femme, une expression si juste & si habilement saisie, quelle présente les nuances délicates de l’étonnement, du mouvement, presque insensible dans ses effets, & des premiers sentimens d’un Etre qui tient la vue du pouvoir de l’Amour & reçoit en même temps toutes le spassions, si douces dans leur naissance, qui résutent de ses premiers feux. Le sentiment naÎf et fidèle d’où provient l’intérêt, la simplicité du caracère de dessein, l’unité (si l’on peut dire) suave du trait, distinguent éminemment cette charmante figure. Telle est par rapport à cet objet la foible idée que nous pouvons donner de l’art du Sculpteur. Dans la figure de Pigmalion, cet art n’est pas moins éloquent. Il est, comme nous l’avons déja dit, aux pieds de la statue ; on sent à sa position le mouvement par lequel il est prêt à s’élancer vers elle ; ses deux mains sont serrées lune dans l’autre, action naturelle à sa situation & qui marque en même temps & le prodige & le sentiment qui en résute. La joie, la srprise & l’amout sont exprimés avec un tel enthousiasme, dans ce Pigmalion, qu’on doute si ce n’est pas plutôt par ses regards que la statue est animée, que par le pouvoir surnaturel des Dieux qu’il invoque. L’action du petit Amour, sur la statue, est un de splus heureux traits de l’invention. C’est par ce moyen que l’Artiste a très-bien suppléé à celui que pourroit employer la Peinture, & qui sembloit manquer à la Sculpture. Il a rendu plus sensible l’effet par la cause, & moyennant cet Amour, on apperçoit plus clairement encore le changement de la matière en une figure animée. En un mot, on ne prendra qu’une idée juste de ce Grouppe, en se figurat voir réaliser la fable même qu’il représente. » (p. 208-210)
   
   Commentaire de Diderot :
    « O la chose précieuse que ce petit groupe de Falconet  ! Voilà le morceau que j’aurais dans mon cabinet, si je me piquais d’avoir un cabinet. Ne vaudrait-il pas mieux sacrifier tout d’un coup  ?... Mais laissons cela. Nos amateurs sont des gens à breloques ; ils aiment mieux garnir leurs cabinets de vingt morceaux médiocres que d’en avoir un seul et beau.
    Le groupe précieux dont je veux vous parler, il est assez inutile de vous dire que c’est le Pygmalion aux pieds de sa statue qui s’anime. Il n’y a que celui-là au Salon, et de longtemps il n’aura de second.
    La nature et les Grâces ont disposé de l’attitude de la statue. Ses bras tombent mollement à ses côtés ; ses yeux viennent de s’entrouvrir  ; sa tête est un peu inclinée vers la terre ou plutôt vers Pygmalion qui est à ses pieds  ; la vie se décèle en elle par un souris léger qui effleure sa lèvre supérieure. Quelle innocence elle a  ! Elle est à sa première pensée  : son cœur commence à s’émouvoir, mais il ne tardera pas à lui palpiter. Quelles mains  ! quelle mollesse de chair  ! Non, ce n’est pas du marbre  ; appuyez-y votre doigt, et la matière qui a perdu sa dureté cédera à votre impression. Combien de vérité sur ces côtes  ! quels pieds  ! qu’ils sont doux et délicats  !
    Un petit Amour a saisi une des mains de la statue qu’il ne baise pas, qu’il dévore. Quelle vivacité  ! quelle ardeur  ! Combien de malices dans la tête de cet Amour  ! Petit perfide, je te reconnais  ; puissé-je pour mon bonheur ne te plus rencontrer.
    Un genou en terre, l’autre levé, les mains serrées fortement l’une dans l’autre, Pygmalion est devant son ouvrage et le regarde ; il cherche dans les yeux de sa statue la confirmation du prodige que les dieux lui ont promis. O le beau visage que le sien  ! O Falconet  ! comment as-tu fait pour mettre dans un morceau de pierre blanche la surprise, la joie et l’amour fondus ensemble  ? Émule des dieux, s’ils ont animé la statue, tu en as renouvelé le miracle en animant le statuaire.
    Viens, que je t’embrasse ; mais crains que, coupable du crime de Prométhée, un vautour ne t’attende aussi.
    Le philosophe fait allusion ici au penchant à la jalousie dont Falconet ne paraît pas être exempt et qu’il est plus cruel de nourrir qu’un vautour. Au reste, si après le grand succès que ce morceau a eu au Salon il était permis à un ignorant d’élever sa timide voix, je dirais que la figure de Pygmalion ne m’a pas paru aussi belle d’expression que le philosophe le dit ici. Elle m’a paru précisément aussi inférieure à la statue qui s’anime que la figure de Joseph l’est à la femme de Putiphar dans le tableau de Deshays. Sans compter que la manière dont ce morceau est composé nuit à l’effet, puisqu’on ne peut voir le visage de la statue et celui du statuaire en même temps. Mais laissons achever le philosophe.
    Toute belle que soit la figure de Pygmalion, on pouvait la trouver avec du talent ; mais on n’imagine point la tête de la statue sans génie.
    Le faire du groupe entier est admirable. C’est une matière une dont le statuaire a tiré trois sortes de chairs différentes. Celles de la statue ne sont point celles de l’enfant, ni celles-ci les chairs du Pygmalion.
    Ce morceau de sculpture est très parfait. Cependant, au premier coup d’œil, le cou de la statue me parut un peu fort ou sa tête un peu faible ; les gens de l’art ont confirmé mon jugement. Oh  ! que la condition d’un artiste est malheureuse  ! Que les critiques sont impitoyables et plats  ! Si ce groupe enfoui sous la terre pendant quelques milliers d’années venait d’en être tiré avec le nom de Phidias en grec, brisé, mutilé dans les pieds, dans les bras, je le regarderais en admiration et en silence.
    En méditant ce sujet, j’en ai imaginé une autre composition que voici  :
    Je laisse la statue telle qu’elle est, excepté que je demande de droite à gauche son action exactement la même qu’elle est de gauche à droite. Je conserve au Pygmalion son expression et son caractère, mais je le place à gauche : il a entrevu dans sa statue les premiers signes de vie. Il était alors accroupi ; il se relève lentement, jusqu’à ce qu’il puisse atteindre à la place du cœur. Il y pose légèrement le dos de sa main gauche, il cherche si le cœur bat ; cependant ses yeux attachés sur ceux de sa statue attendent qu’ils s’entrouvrent. Ce n’est plus alors la main droite de la statue, mais la gauche que le petit Amour dévore.
    Il me semble que ma pensée est plus neuve, plus rare, plus énergique que celle de Falconet. Mes figures seraient encore mieux groupées que les siennes, elles se toucheraient. Je dis que Pygmalion se lèverait lentement  ; si les mouvements de la surprise sont prompts et rapides, ils sont ici contenus et tempérés par la crainte ou de se tromper, ou de mille accidents qui pourraient faire manquer le miracle. Pygmalion tiendrait son ciseau de la main droite et le serrerait fortement ; l’admiration embrasse et serre sans réflexion ou la chose qu’elle admire ou celle qu’elle tient. » (CFL V 463-4)


Sujet de recherche : Julie Giniès, Le Salon de 1763 de Diderot, genèse d’une méthode
Informations sur l’image :
Auteur du cliché : Baltimore Maryland, Walters Art Museum
Traitement de l’image : Scanner
    Commande n°     Cliché n°
Localisation de la reproduction : Collection particulière
Reproduction interdite
Informations sur la notice :
Auteur de la notice : Julie Giniès     Date de création : 31/05/2002
Auteur des modifications : Stéphane Lojkine     Date de Modification : 09/01/2016
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