Utpictura18 - Critique et théorie

Couverture Le Gout de Diderot

Couverture Fictions de la rencontre : le Roman comique de Scarron

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE L'OEil révolté

Couverture du livre de Richardson Clarisse Harlove, dans l'édition commentée par Stéphane LOJKINE

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Image et subversion

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Brutalité et représentation

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE La Scène de roman

Couverture du livre L’Écran de la représentation

Couverture du livre Détournements de modèles
5 octobre 2013 : Exposition Le Goût de Diderot au Musée Fabre à Montpellier

Francesca Manzari et Stéphane Lojkine, cours d’initiation à la french theory, LMDD20, Université d’Aix-Marseille, Site Schumann, 2e semestre 2013-2014, mercredi 9h-12h, salle C236
Voir le programme 2011, 2012, 2013, 2015, 2016.

Initiation à la « french theory », programme 2014

LMDD20, Textes critiques fondamentaux

Vincent Van Gogh, <i>Les vieux souliers</i>, 1886, huile sur toile, 37,5x45 cm, Amsterdam, Musée Van Gogh

Vincent Van Gogh, Les vieux souliers, 1886, huile sur toile, 37,5x45 cm, Amsterdam, Musée Van Gogh

Il y a une tradition philologique de la critique littéraire, qui articule l’œuvre littéraire aux textes dont elle se nourrit (la critique des sources), à l’histoire des idées et au contexte social dans lesquels elle s’inscrit (l’histoire littéraire), au destin de l’écrivain qui l’a produite (la critique biographique). Cette tradition est bousculée en France dès les années 1950 par ce que l’on a appelé la nouvelle critique. Mais de façon plus large, plus complexe aussi, la littérature intéragit alors avec l’ensemble des sciences humaines, et notamment avec ses apports les plus neufs : la linguistique, l’anthropologie, la phénoménologie, la psychanalyse. De cette intéraction naît ce qu’on a appelé la french theory, qui se répand rapidement dans les universités américaines à partir des années 1970 et, de là, connaîtra un destin international.

On étudiera dans ce cours quelques textes fondamentaux à partir desquels s’est développée la french theory, en insistant sur la transdisciplinarité de ces approches théoriques :

Dans La Vérité en peinture, Derrida lit de près la troisième critique de Kant, la Critique de la faculté de juger. Mais le livre ne ressemble guère à une explication de texte, et ne construit pas non plus une théorie esthétique : abrupt, déconcertant dans sa forme même, il insiste sur les failles du raisonnement kantien, sur le rapport étrange de la théorie à l’exemple, sur l’ombre qu’y jette Heidegger. Ne peut-on voir pourtant, dans ce rapport insistant de Derrida à l’exemple, qui sape le discours et s’attarde sur les objets, un rapport proprement littéraire aux choses comme au texte qu’il écrit.

Frédéric Lix, illustration de <i>La Lettre volée</i> pour l'article de Jules Verne, « Edgar Poe et ses œuvres », <i>Musée des familles</i>, t. 31, n°7, avril 1864

Frédéric Lix, illustration de La Lettre volée pour l'article de Jules Verne, « Edgar Poe et ses œuvres », Musée des familles, t. 31, n°7, avril 1864

Dans le « Séminaire sur La Lettre volée », c’est bien à partir de l’analyse d’une œuvre littéraire, la nouvelle d’Edgar Poe, que Lacan, renouant avec Freud, met au point les bases d’une nouvelle théorisation, linguistique et structurale, de la psychanalyse, qui va déboucher sur un article fondateur, « L’instance de la lettre dans l’inconscient ». Pourtant, contrairement à Freud, ce n’est pas essentiellement la lettre du texte, tel lapsus, telle expression involontaire dans le texte que Lacan traque chez Poe, mais la lettre comme objet de fiction, comme dispositif dans l’espace fictionnel, en amont du texte donc, au moment éminemment littéraire de sa création. Ces textes, publiés par Lacan dans ses Écrits, joueront un rôle central dans le débat de la french theory, avec la publication notamment, par Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, du Titre de la lettre.

On abordera enfin le dernier développement, politique, de la french theory, avec Spectres de Marx, un livre que Derrida écrit après la chute du mur de Berlin. Spectres de Marx ne s’interroge pas seulement sur le devenir de Marx après l’effondrement du communisme et sur les responsabilités politiques que devra assumer une Europe réunie. Ici encore, le point de départ du livre est littéraire : c’est à partir d’Hamlet et de l’injonction du spectre du roi mort au jeune prince que Derrida déconstruit, à la lumière de Heidegger, la notion de justice, et aborde l’œuvre de Marx.


Et si l’enjeu contemporain de la littérature se jouait là ? Depuis ce retrait, ces obscurités, ces singularités, si se jouait une nouvelle forme, post-moderne, d’engagement ?


Bibliographie

Jacques Derrida, La Vérité en peinture, Flammarion, 1978, Champs, 1993

Jacques Lacan, Écrits I, Seuil, 1966, Points, 1970

Jacques Derrida, Spectres de Marx, Galilée, 1993

Textes complémentaires

François Cusset, French theory, La Découverte, 2003, La Découverte/Poche, 2005

François Dosse, Histoire du structuralisme, La Découverte, 1992, rééd. Livre de Poche, 1995, en 2 vol.

Benoît Peeters, Derrida, Flammarion, 2010